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nouvelle école

j’étais tranquille en train de dig sur soundcloud quand je tombe sur un son de fou malade.

écoute un peu. tête qui bounce, je mets un like.

et puis… merde non, y’a un truc qui va pas.

j’écoute de plus près : ouais c’est une musique ia. je retire le like, pas déconner.

alors les amis, parlons de la musique ia, parlons suno, parlons futur.

comment la repérer ?

(autre qu’avec le visuel ia dégueulasse qui va avec, s’entend)

c’est plus facile s’il y a des paroles. trois indices :

un, les phrases trop longues. les paroles s’étirent pour coller sur les temps forts. ça fait un flow “chewing-gum”, surtout parce que les mecs qui promptent savent pas chanter i guess.

deux, une inadéquation émotion-paroles. elle capte pas la logique. elle va se mettre à gueuler sur une phrase random juste parce qu’elle est pré-drop, ou à chuchoter sur le bridge, en gros à changer de style alors que les paroles sont encore dans une suite logique de la phrase précédente.

trois, si la musique est pas en anglais. c’est massivement entrainé sur des chansons anglaises, en français ou autre ça bug plus facilement.

si y’a pas de paroles, alors là c’est plus chaud. on peut encore trouver en filtrant la musique. pourquoi ?

va falloir rentrer dans le détail de comment la saucisse est faite :

la musique par extrusion

la musique normale se fait par addition.

comme la musique d’orchestre qui résulte des instruments jouant ensemble, on compose sur l’ordi en créant une ligne de basse, une ligne de clavier, on ajoute les drums etc, et puis on arrange tout ça.

l’intro on va mettre les claviers, les pads et des effets. le drop on rajoute kick et bass, bref vous avez l’idée, le truc à retenir c’est qu’on part du silence.

schema

l’ia générative type suno, c’est l’inverse. elle part du bruit et arrange ce bruit jusqu’à ressembler au style demandé. elle prend un bruit blanc (toutes les fréquences entre 20hz et 20khz jouées à amplitude maximale, comme un static de tv) puis va le rapprocher d’une waveform pop, jazzy, rap, etc.

ça peut éventuellement le faire plusieurs fois puis concaténer les pistes, je sais pas exactement les coulisses, mais en gros c’est ça.

faut imaginer, c’est comme la génération d’image qui part de ce genre d’image de départ :

noise

puis explore en changeant des pixels, avec une récompense quand elle s’approche de “photo de montagne”.

ouais bon ok, et ?

beh en gros c’est trop “plein”.

le son est trop riche, il reste trop de trucs.

quand on fait de la musique en normal (en rajoutant des trucs), c’est dur de remplir les trous.

ça va toujours manquer de punch dans les basses, dans les aigus. les harmoniques de tel instrument ou tel preset vont pas être assez pleines. ou alors il joue des notes très écartées, donc ça va créer des trous ça et là…

avec l’ia, jamais.

c’est pour ça que les mixs ia vont toujours sonner “pro”. c’est dur à dire mais l’ia mix/masterise mieux que personne au monde.

genre, écoute cette merde. le mix est toujours giga plein, malgré la composition compliquée.

et en même temps, écoute bien les aigus, comment ils sont forts tout le temps. pas possible de faire ça en vrai.

l’ia ajoute du souffle sur son instrument qui sont pas là, bref c’est compliqué à expliquer, mais en gros, si c’est plein, c’est pas humain.

(on peut faire pareil avec les images ia il paraît, retrouver les traces du bruit blanc de base en analysant les fréquences)

donc bon ok. ça fait de la meilleure musique que nous. on fait quoi ?

à bout de souffle

déjà “meilleure”, faut doser.

oui sur le plan sonique pur, mais :

sur le plan des paroles, ça écrit que de la d.

sur le plan de l’originalité, ça peut mais ça peut pas être radicalement radical (je me comprends).

et sur le plan de l’inspi ? c’est compliqué…

ça envoie fort dans l’intro. j’imagine que c’est la méta, envoyer la purée dans les 30 premières secondes pour que ça compte comme un stream, mais en gros quand t’as écouté le début t’as compris le reste.

pas de fortes évolutions, de longues progressions, de changement de clé ou de tempo. t’as écouté le début t’as compris le reste. et le reste est un ventre mou.

sauf que parfois, si on lui tire les vers du nez, si on force l’ia à continuer, continuer, continuer de générer la musique, elle va arriver à bout de souffle.

plus d’idée, et pourtant il faut qu’elle sorte un truc. et là ça peut être vraiment beau. en voilà un exemple, vous reconnaitrez sans problème.

l’ia c’est comme un train nazi, c’est beau que quand ça déraille.

le futur

résumons : l’ia fait une musique trop parfaite, pas inspirée mais inspirante.

j’adore “digger” les morceaux ia, en skimmant le début et les endroits bizarres de la waveform.

mais le grand public ?

bah tout le monde va y aller. désolé mais y’a rien à voir, la musique va sortir au kilomètre que tu le veuilles ou non.

oui les paroles sont dégzer, mais des vrais gens vont juste poser dessus et ça va truster des tops spotify (ou autre plate-forme, ça dépend combien de temps on pourra ban efficacement mais ça durera pas) et bon c’est la vie.

pour les beatmakers, miskine ton type beat quand on sort ce genre d’instru facile, ça fait de la peine. une fois de plus c’est la vie faut évoluer.

les conséquences les plus marrantes vont venir du nouveau son.

tout le monde va s’aligner au moins sur le mix. la nouvelle école sera saturée, pleine de fréquences parasites et bien trop aiguë. et tout le monde trouvera ça très bien.

ça va faire mal aux oreilles.