le lecteur
ces vacances, j’ai découvert une des plus profondes vérités sur moi-même :
je suis un bon lecteur.
il faut déjà être un lecteur. en avoir eu le goût petit. avoir de l’appétit pour l’objet.
en savourer les fruits, aussi, bien sûr : la connaissance, le vocabulaire, le son des mots, “avoir vécu plus qu’une seul vie”, et la détente, le loisir, s’évader et bla et bla et bla…
vous savez probablement tout ça, et on l’a mieux dit que moi.
mais un bon lecteur ?
c’est peut-être un peu péteux ce que j’écris, là… “bon” je sais pas, ça veut p’têt rien dire…
bref, je suis, quand je lis, indulgent.
ça la découverte.
je comprends d’instinct que le livre a été commis, plus qu’écrit. quelqu’un a laissé ce tas de feuilles là et a pas ramassé.
oh pour mile raisons ! je n’en ai ressenti que trop. mais toutes sont valables ! je prends tout !
“donnez-moi vos mots, vos papiers, vos presses innombrables, rebut des pages surpeuplées, je dresse mes lunettes au-dessus de la porte d’or !”
j’accueille tout. je pardonne tout. auteur, je suis ton lecteur.
fleuve, je suis ta mer.
j’ai découvert ça en lisant la cybériade.
car si la plupart des auteurs écrivent pour des raisons étranges et inconnues, certains écrivent pour nous.
lem, salvaing, huysmans…
ils viennent à nous les bras chargés de poissons, avec un sourire d’animiste.
je les aime plus que tout. s’il est vrai que tout homme doive partir en laissant derrière lui un arbre, un enfant ou un livre, que le ciel m’accorde d’être de ceux-là.
voilà, je pense avoir tout dit.
j’en ai parlé avec ma chérie et elle m’a dit : “tu es indulgent avec les gens que tu connais, mais critique avec le reste”.
elle a raison : c’est donc que j’ouvrirais ma familiarité aux auteurs ?
nous le découvrirons sûrement. continuons à lire.